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Le déni de la différence n’est pas l’acceptation de celle-ci

Le déni de la différence n’est pas l’acceptation de celle-ci

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« Il n’y a pas de race dans la police, pas plus que de racisés ou d’oppresseurs racistes. Il y a des fonctionnaires qui s’engagent pour la liberté, l’égalité et la fraternité et cela au quotidien ! » Didier Lallement, préfet de Paris.

Âmes sensibles s’abstenir : le sujet que je vais aborder est un sujet délicat et si vous n’avez pas l’habitude d’y être confronté, vous risquez d’être profondément choqué. Nous allons parler de la différence, mais pas comme vous l’imaginez.

Nous abordons souvent le sujet de la différence et de l’importance de l’accepter mais si nous devions aller plus loin, nous parlerions de l’importance de la reconnaître. On s’imagine parfois à tort qu’accepter la différence de l’autre, c’est ne pas la voir. Nous ne voyons donc pas que la personne à côté de nous est handicapée, nous ne voyons pas que deux femmes se tiennent la main, nous ne voyons pas que cet homme est noir. Non, nous voyons des humains. C’est peut-être ce que vous vous dites, n’est-ce pas ? Pourtant, voir des humains consiste également à reconnaître ce qui est différent chez l’autre et pas uniquement ce qui nous lie.

POURQUOI EST-CE SI DIFFICILE DE RECONNAÎTRE LA DIFFERENCE ?

Reconnaître la différence, c’est reconnaître que nous ne sommes pas toujours justes ou que nous ne l’avons pas toujours été. Prenons le cas du mot « Race » par exemple, d’où est tiré le mot « racisme ». Dans une volonté de promouvoir l’égalité, le mot race n’est pas employé en France pour définir les personnes de groupes ethniques différents. Il n’y a donc ni blancs, ni noirs, il n’y a que des humains. D’ailleurs, quand on regarde la définition dans le dictionnaire Larousse du mot race, voici ce que l’on lit : Catégorie de classement de l’espèce humaine selon des critères morphologiques ou culturels, sans aucune base scientifique et dont l’emploi est au fondement des divers racismes et de leurs pratiques. (Face à la diversité humaine, une classification sur les critères les plus immédiatement apparents [couleur de la peau surtout] a été mise en place et a prévalu tout au long du XIXe siècle. Les progrès de la génétique conduisent aujourd’hui à rejeter toute tentative de classification raciale chez les êtres humains.)

En lisant cette définition, je me suis demandée si en anglais, c’était la même chose. Voici comment le dictionnaire de Cambridge (Angleterre) définit le mot « race » :

a group, especially of people, with particular similar physical characteristics, who are considered as belonging to the same type, or the fact of belonging to such a group

a group of people who share the same language, history, characteristics, etc.

Qu’il s’agisse de la définition française ou de la définition anglaise, il est reconnu qu’une race est un classement de groupes humains sur la base de différents facteurs mais la différence réside en l’acceptation ou non de l’utilisation du terme.

La petite Française que j’étais et qui a débarqué à Londres pour y résider il y a quelques années, était particulièrement choquée de remplir des formulaires dans lesquels on me demandait à quelle race ou groupe ethnique j’appartenais. Mais avec le recul, même si je ne considère pas que toutes les pratiques outre Manche ou outre Atlantique sont bonnes, je souhaite que l’on reconnaisse que je suis une femme noire. Je souhaite que l’on reconnaisse ma différence et qu’elle s’intègre pleinement dans la société qui m’a vu naître ou grandir. Cette reconnaissance de ma différence est utile parce qu’en la niant, le système ne me reconnaît pas. Vous pouvez penser que cela n’a aucune implication dans ma vie quotidienne, mais c’est tout le contraire. Par exemple, si les noirs vont dans des salons de coiffure spécialisés, c’est parce que la majorité des salons de coiffure classiques ne sont pas formés pour travailler les cheveux afro dans leur diversité. Ce qui veut dire que si vous allez en école de coiffure aujourd’hui, vous n’apprendrez pas à me coiffer. Le fait de ne pas reconnaître mon existence, de ne pas la comptabiliser, ne permet pas de savoir avec précision à quel point j’ai pu vivre des situations discriminantes. Le système n’a aucun moyen de lutter contre le racisme car il ne reconnaît pas mon existence, il ne reconnaît pas ma différence.

Suis-je en train de prôner la modification des termes utilisés ? Non, je dis simplement qu’il est temps de sortir du déni de la différence pour mieux inclure la diversité de la population française. Je précise qu’il n’est pas non plus question d’infantiliser d’autres êtres humains. Ce n’est pas parce que vous voyez une personne dans un fauteuil roulant que vous devez vous précipiter pour l’aider à avancer s’il ne vous a rien demandé. La reconnaissance de l’autre, c’est aussi le respecter et le laisser veiller à ses propres responsabilités.

LE TABOU DE LA DIFFERENCE

Je vous ai donné l’exemple de la différence de couleur de peau mais la peur d’affronter la différence est présente à tous les niveaux et concerne tout le monde. Je rêve d’un monde où les personnes en fauteuils roulants ou béquilles n’aient pas à passer des heures à vérifier l’accessibilité des lieux avant de se déplacer. Mais pour qu’on y arrive, il faut une vraie reconnaissance de la différence et de ses implications. Tant que je regarde l’autre en fermant les yeux, je ne le vois pas. Tant que je considère que le combat de l’autre n’est pas mon combat, nous ne pourrons pas avancer, car pour une société véritablement égale ou équitable (je vous invite à bien distinguer les deux), il faut que certains acceptent d’abandonner leurs privilèges. Les hommes par exemple doivent accepter de ne plus être payés davantage que les femmes qui occupent un poste similaire avec un salaire inférieur. Les personnes blanches doivent accepter de ne plus être favorisées face à des personnes noires sur la seule base de leur couleur. Difficile, hein ? On ne peut pas dire que l’on rêve d’un monde meilleur et ne pas être prêt à le construire.

Savoir qu’en 2020 il y a autant d’inégalités devrait tous nous révolter et nous devons apprendre à faire des combats des autres, lorsque nous savons qu’ils sont justes, nos propres combats.

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Le meurtre de George Floyd aux Etats-Unis ou celui d’Adama Traoré n’est pas un problème de noirs, mais de société. Si l’on refuse d’utiliser le mot « race » parce que nous considérons que nous sommes tous des humains, nous devrions donc tous être offusqués, indignés d’apprendre qu’un homme a été tué parce qu’il était noir. Refuser d’évoquer un sujet parce qu’il est douloureux ne résoudra pas le problème. Refuser d’évoquer un sujet de société parce qu’il touche notre histoire commune (esclavage / colonisation) ne résoudra pas le problème. Refuser de parler de ce qui nous blesse, de ce qui nous touche, pour ne pas blesser les autres, ne résoudra pas le problème. Refuser de voir l’autre dans son entièreté n’est pas le reconnaître. La tolérance ne signifie pas le déni de la différence car par définition dans ce cadre, nous voyons la différence. Sortons de l’hypocrisie.

FUIR LE PROBLÈME NE RÉSOUT PAS LE PROBLÈME

Je rêve d’un monde où dans chaque école française, il soit proposé aux élèves d’apprendre la langue des signes. Je vois déjà certains d’entre vous me dire : « oui, mais on ne va pas passer notre vie à reconnaître les différences et faire des choses pour les gens différents ! ». Ce n’est pas ce que j’ai dit ou sous-entendu. Je suis en train de vous parler d’inclusion.

Je reconnais que ces dernières années, de nombreux efforts ont été fait à ce niveau-là. Dans la classe de ma fille, par exemple, il y a deux élèves autistes. A l’époque où j’étais à l’école, cela n’aurait pas été possible. Mais en 2020, ce n’est pas suffisant.

COMMENT SORTIR DU DÉNI DE LA DIFFERENCE :

  1. Prendre conscience que reconnaître la différence ne fait pas de vous une personne mauvaise qui juge. Ce n’est pas parce que je remarque une famille homoparentale que je suis homophobe. En revanche, si je reste sur mes préjugés et ce que j’entends à ce sujet pour établir un jugement, je suis en effet homophobe.
  2. Oser en parler avec les personnes directement concernées, toujours avec bienveillance et en mettant de côté ses idées reçues. L’an dernier, j’avais une amie blanche qui me posait beaucoup de questions sur mon expérience du racisme. Cela ne m’a pas dérangée, au contraire.
  3. Prendre du recul, vous n’êtes pas responsable de toutes les injustices qu’il y a dans ce monde. Si vous pensez que vous vous êtes mal comporté un jour, demandez pardon et faites mieux.

Nous sortons d’une période où le monde a été enfermé pendant des semaines, ce qui nous a tous permis de manière individuelle de revoir nos priorités. De nombreuses personnes ont en profité pour repenser leur vie, d’autres ont décidé de poursuivre leurs rêves. Quoi qu’il en soit, chacun en est sorti grandi. Allons encore plus loin. Vous pouvez partager cet article et ouvrir le dialogue sur ce sujet. Nous avons tous un rôle à jouer dans la construction du monde de demain.

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