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Se sortir du harcèlement au travail (témoignage anonyme)

Se sortir du harcèlement au travail (témoignage anonyme)

En matière de harcèlement, il est très difficile d’accepter la réalité et de se dire « je me fais harceler »

Je savais que le phénomène existait, je savais que cela pouvait arriver. Mais à aucun moment je ne me suis dit que j’étais en train de le vivre.

Il existe différents types de harcèlement : moral, physique, psychologique. À force de le voir, d’en  entendre parler aux  actualités, je comprenais son existence. Et je jugeais moi-même qu’il fallait le dire et non pas se taire. 

Je ne comprenais pas comment on ne pouvait pas le dire ? Cet état d’esprit de combattre de toutes ses forces contre ce type de mésaventure, j’y croyais dur comme fer !

L’équipe a changé

Jusqu’au jour où tout a changé.

J’étais jeune, contente d’avoir trouvé un travail qui me plaisait, une équipe soudée, la folle énergie ! On se retrouvait parfois après le travail pour boire un café, manger ensemble. On était moins nombreux au fil du temps, mais on s’entendait tous bien.

J’étais heureuse, épanouie.

Puis les choses ont changé, l’équipe a changé, l’ambiance a changé. On travaillait pour travailler. Le rythme de travail était irrégulier. Chacun commençait à se méfier des uns et des autres. Les bruits de couloirs fusaient, les médisances étaient dévastatrices. Ce n’était plus un travail d’équipe, mais une compétition à qui ferait le meilleur chiffre, à qui en ferait toujours plus en écrasant les autres. 

Et ça a commencé comme ça, car celui ou celle qui était plus faible s’en prenait plein la figure. Chaque détail comptait, ceux qui avaient des contraintes et des difficultés à suivre le planning étaient jugés. Alors on n’osait rien dire, et on acceptait les horaires, peu importe le reste. Chacun avait ses raisons de rester, famille, projet, voyage.

C’était quand même bizarre d’aller au travail en ayant peur qu’il se passe encore quelque chose, mais de ne rien dire car c’était peut-être normal après tout ?

Comment j’ai su que c’était du harcèlement ? Tout d’abord j’ai cru, comme c’était du “non-visible”, que je me faisais des films ! Le problème, c’était nous, les personnes harcelées et non pas ceux qui nous faisaient subir le harcèlement. Tout simplement car ils n’étaient pas “comme ça” lorsque nous les avons connus.

La boule au ventre

À partir du moment où j’avais la boule au ventre, j’essayais de me dire « demain ça ira mieux, tu te fais des films ! »

Puis finalement, je me suis rendue compte que je n’étais pas la seule et on en discutait entre collègues, mais on minimisait, on se disait que ce n’était rien, que le monde du travail c’est comme ça. La puissance d’une personne qui arrive à contrôler votre état d’esprit lui permet de vous convaincre que c’est normal de subir !

 “Ça ne peut pas être beau tous les jours ! Ça n’arrive qu’aux autres ces trucs-là !”, voilà ce qu’on se répétait. 

Puis l’ambiance était de pire en pire, j’ai fini par faire un burn-out qui m’a conduite à l’hôpital. J’ai fait un coma, suite à un cumul de problèmes de santé, accentués par un moral au plus bas.

“Je ne voulais pas voir.”

Comment peut-on être se laisser atteindre à ce point ?  Je ne voulais pas voir, j’en avais peur et je n’acceptais pas que ça puisse m’arriver. A mon réveil à l’hôpital, tout était flou. J’ai mis beaucoup de temps à réaliser et à comprendre ce qui venait de m’arriver. J’étais entourée des miens, mais interdite de téléphone. 

Je commençais à me rappeler des événements petit à petit, et un jour, j’ai reçu la visite d’un proche qui avait mon téléphone sur lui, et ce dernier n’arrêtait pas de vibrer. Mon médecin a alors demandé à ce qu’il soit éteint.

J’ai commencé à échanger avec lui, et, le premier, il a utilisé le mot « harcèlement ». Oui, ce mot que j’évoquais au tout début. Durant mon hospitalisation, j’ai fait des crises d’angoisse, pourtant j’étais en sécurité. Ce médecin et les deux infirmières qui se sont occupés de moi et avec qui j’ai échangé chaque jour m’ont permis d’accepter le fait que je me faisais harceler.

Un déclic et une délivrance

Ça a été comme un déclic, j’ai beaucoup pleuré car je réalisais cette délivrance. Je suis sortie, en ayant retrouvé mon esprit combattif, sentant j’étais entourée et pas du tout seule. 

J’ai tout quitté, je me suis reprise en main. J’ai effectué tout un parcours. J’avais juste envie de partir… J’ai fait les démarches nécessaires pour le signaler à la direction, s’en sont suivies tout un tas d’autres démarches administratives, beaucoup d’entre vous qui ont vécu cette histoire connaissent bien cette bataille, donc je ne m’étalerai pas.

Puis, j’ai beaucoup retravaillé sur moi-même, j’ai construit ma force, j’ai choisi un entourage bienveillant, motivant, rempli d’énergie positive.

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J’ai dévoré les livres de développement personnel.

J’ai entamé des formations, fait des rencontres pour m’inspirer de ces personnes.

Un sujet tabou dont il faut parler

Le harcèlement est un sujet tabou, on n’a pas envie d’en parler car on n’en a peur et on pense être seul(e). En vérité, nous nous isolons soit par peur, par non-acceptation de la situation ou pour un tas de raison. 

Avec le contexte actuel, le nombre de cas de harcèlement en entreprise a augmenté. Comment s’en sortir ? Accepter que l’on se fasse « harceler » est un premier grand pas. Se rendre compte de l’impact du harcèlement sur notre vie, notre approche des autres et notre propre isolement. Se poser les bonnes questions pour sortir la tête de l’eau, et surtout se dire que l’on n’est pas seul(e). 

Il existe des personnes dotées d’une forte emprise psychologique, et on accepte par fierté de subir leur influence car on ne veut pas avouer aux autres qu’on est faible… Mais on a tous le droit d’être faible ! Pour conclure je dirais que oui, le harcèlement, on peut s’en sortir, en en parlant !

En pratique…

Quelques informations utiles si vous pensez être victime de harcèlement moral au travail, et souvenez-vous toujours : il faut oser en parler !


Vous trouverez toutes les démarches à effectuer et les recours possibles en suivant le lien :
https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F2354

Par ailleurs, les mouvements “Balance ton agency” et “Balance ta start up” sont justement nés afin de libérer la parole de toutes les victimes de harcèlement au travail, voici les liens vers leurs comptes Instagram :

https://www.instagram.com/balancetonagency/?hl=fr

https://www.instagram.com/balancetastartup/?hl=fr

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