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Avancer sans se comparer aux autres

Avancer sans se comparer aux autres

Romain Chollet

Pourquoi passer son temps à se comparer aux autres ? Cela évoque presque le masochisme…

À l’heure où j’écris ces quelques lignes, je suis installé dans le salon de mon appartement, lumières allumées, rideaux ouverts, musique à fond dans les oreilles et capuche sur la tête. Autant vous dire que tous ceux qui passent dans l’allée devant ma fenêtre me voient, regardent chez moi, et jugent. Car c’est ce que font la plupart des gens. Ils observent ce que font les autres et jugent leurs actions, leurs comportements, les résultats qu’ils obtiennent, négatifs ou positifs.

Et pourtant… cela ne me fait ni chaud ni froid.

Ce qui compte à cet instant précis en écrivant cet article, c’est moi, ce que je fais, et la sensation que cela me procure. Le reste m’importe peu.

Alors, pourquoi passons-nous notre temps à nous comparer aux autres ?

Peut-être avez-vous lu le livre de Dale Carnegie « Comment se faire des amis ? ». Il y explique que l’Homme a besoin de se sentir important. Un besoin très profond, presque aussi essentiel que celui de boire, manger, dormir ou respirer. Pourtant, dans le fond, se faire des amis ne répond pas à un besoin de vie ou de mort, nous sommes d’accord. Mais l’Humain a besoin de cela malgré tout. Il lui faut cette « dose » que l’importance lui procure, l’adrénaline d’avoir l’impression de s’élever au-dessus des autres, la satisfaction de la puissance née durant un court instant, et disparue tout aussi rapidement qu’une étoile filante. L’Homme en a besoin. Votre famille, vos amis, vos voisins, vos collègues, votre patron, vos collaborateurs, vos clients, vos fournisseurs, votre boulanger, votre chien, tout le monde a besoin de se sentir important. Même moi. Nous courons tous après ce sentiment de grandeur que peuvent nous procurer une situation, une attention, un compliment, une recommandation, une promotion, ou tout autre sujet qui nous donnerait de l’importance.

En courant après ce besoin, nous passons pourtant notre temps à nous comparer aux autres. Quand l’un de vos amis se fait reconnaître dans son travail et gagne désormais plus que vous, vous le félicitez, vous lui tapez dans le dos, vous fêtez ça autour d’une bière (situation caduque depuis le 24 novembre 2020), mais êtes-vous vraiment sincère ? Évidemment que vous allez vous comparer à lui, qui peut désormais emmener femme et enfants au restaurant chaque semaine, partir en voyage 3 fois par an, et faire tout un tas d’activités que vous rêveriez de faire au lieu de passer vos week-ends devant Netflix. Mais ne feriez-vous pas la même chose à sa place ?

Pourtant votre ami, pour avoir réussi à s’élever plus vite que vous, a un petit secret. Il s’est bien gardé de vous le dire, car en réalité il avait envie que vous tombiez sur mon article pour le savoir (c’est qu’il est devin, notre petit pote). Pendant toutes ces années, lorsque vous passiez votre temps à épier ses moindres faits et gestes, que vous ne cessiez de trouver à redire sur sa façon de faire ou d’être, lui, il avançait. Il ne se concentrait pas sur vous, sur ses collègues, sur ce que Mireille pouvait bien dire dans son dos à la machine à café, ou bien sur ce que Gustave dans le métro allait penser de sa chemise mal repassée. Non, votre ami a décidé d’avancer, selon ses propres valeurs, ses propres convictions, pour atteindre ses propres objectifs professionnels et personnels. Résultat, il devient votre nouveau patron, si ce n’est pas génial tout ça ! Faites attention en préparant le café désormais : c’est un sucre et une lichette de lait.

Le problème est bien là, se comparer aux autres n’est qu’une perte de temps. Cela nous obstrue l’esprit et nous prend beaucoup d’énergie. De l’énergie que l’on n’utilise pas à bon escient, du coup. Et le résultat est là, quand vous passiez votre temps à lorgner sur votre « ami », lui, il évoluait. Et rassurez-vous, lui aussi se comparait aux autres. Mais il se comparait aux meilleurs, en travaillant pour rejoindre leur niveau, et non en s’apitoyant sur son sort.

Pour ceux qui me connaissent, j’ai commencé l’entrepreneuriat à tout juste 24 ans. Je dis tout juste car je venais à peine de les avoir. Je sortais d’une carrière à peine commencée d’un an en CDI et 2 ans en alternance. Rien de folichon donc. Autant vous dire qu’aux yeux du monde, je venais de ruiner mon avenir. Je n’avais aucune idée concrète d’entreprise, aucune véritable expérience, mais seulement des rêves plein les yeux, et de l’énergie à revendre. Qu’est-ce que j’en ai perdu, de l’énergie, à me comparer aux autres pendant toutes ces années ! Quand je voyais mes amis partir constamment en vacances, se vanter d’avoir des salaires très intéressants, commencer à s’acheter des appartements ou des maisons, à investir dans la pierre, à pouvoir s’offrir tout ce qu’ils voulaient, je ne pouvais m’empêcher de me comparer à eux, et de me rabaisser. J’avais souvent l’impression d’être un déchet et d’avoir raté ma vie. Je comptais le moindre euro sorti de ma bourse, mes vacances se résumaient à squatter un appartement familial dans une autre région deux semaines par an, et mes seules sorties étaient au cinéma, via l’abonnement gracieusement offert par ma mère.

Souvent, à cause de cela, j’ai eu la profonde envie d’arrêter tout ce que je faisais et de reprendre un CDI, quitte à m’ennuyer dans mon travail et à ne pas être épanoui dans ma vie professionnelle. Très sincèrement, je ne vais pas vous dire que cela n’a pas duré longtemps. Bien au contraire, cela a duré des mois, voire des années. Jusqu’à il n’y a pas si longtemps, j’avais une très grande propension à me dévaloriser, et à estimer que je faisais n’importe quoi. Cela, c’est certain, m’a conduit à de nombreux échecs, pour la simple et bonne raison que je calculais ma vie en fonction de celle des autres.

Il m’a fallu beaucoup de courage, de détermination, de travail sur moi et surtout un fort accompagnement d’amis proches, de ma compagne, de ma famille et de coachs professionnels pour sortir de cela. Mes croyances limitantes étaient nombreuses et vraiment bien ancrées. Et croyez-moi, même pendant tout ce travail, il m’arrivait encore de penser que j’avais raté ma vie et que ce que je faisais, ce n’était qu’un ramassis de…

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Finalement, après beaucoup de travail, j’en suis sorti, et aujourd’hui je vais quand même beaucoup mieux. Je ne dis pas que je suis totalement guéri de tout cela, mais disons que j’ai compris ce que je faisais et ce que je valais, et je travaille et avance sans me comparer à mon réseau. C’est vrai, j’ai des amis qui aujourd’hui sont propriétaires de somptueux appartements ou maisons, qui font de l’investissement locatif, qui gagnent de l’argent, partent en vacances à droite à gauche, etc. et moi j’en suis seulement à réussir à sortir la tête de l’eau en remboursant toujours mon prêt étudiant. Et alors ? Est-ce que j’ai raté ma vie ? Absolument pas. Ils ont réussi la leur, et moi je vais réussir la mienne. Car je sais dès lors où je vais, pourquoi je travaille et à quoi serviront tous les sacrifices que je réalise. Je ne fais pas mieux qu’eux, je fais différemment. Je suis ma propre route, celle qui me correspond, celle qui me caractérise, celle que j’ai choisie, celle à laquelle je m’identifie. D’ailleurs, vous avez noté ? J’ai dit « je vais réussir la mienne ». Je me projette, je regarde devant moi, et je ne me compare pas aux autres.

C’est un peu le problème de notre société. On veut vous faire entrer dans des cases, et si vous n’y entrez pas, alors vous êtes un raté, et c’est toujours le cas même si notre pays se caractérise comme la « Start-up Nation ». J’ai deux exemples concrets. Le premier concerne des contacts que j’ai aux États-Unis. Lorsque je leur ai dit que j’étais entrepreneur et que je leur ai expliqué ce que je faisais, leur réponse a été sans appel : « Romain, c’est fantastique ce que tu fais, tu prends ton destin en main et tu réalises la plus belle chose qui soit : être maître de ton avenir ! Tu verras, ça sera dur, mais tu vas tellement apprendre et grandir grâce à cela. Je te souhaite de réussir ! ». Véridique.

L’autre exemple me vient de contacts « proches » en France : « Ah ah, tu deviens entrepreneur ? Tu vas faire comment pour vivre ? Déjà que tu ne gagnais pas beaucoup avant. À mon avis, tu ne vas pas réussir, y’a déjà tellement de boîtes comme celle que tu crées. Tu ne perceras jamais, tu verras ». Et j’en passe.

En fait, cela vient de notre culture. En France, bien que cela tende à disparaître petit à petit, être indépendant ou entrepreneur, c’est la voie ratée, car tu n’es pas capable d’avoir un CDI.

Tout cela pour vous dire que se comparer aux autres n’apporte rien de concret, rien de bon, si ce n’est une perte monumentale d’énergie, et surtout une perte de vision à long terme. Ce qui compte ce n’est pas la destination, mais le chemin pour parvenir à vos objectifs. Alors si votre projet, c’est de transformer le monde, vous y arriverez, mais ne vous focalisez pas sur ceux qui souhaitent détruire vos rêves. Poursuivez ces derniers, et travaillez à leur réalisation. Les autres, on s’en moque.

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