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Un souffle nouveau dans le monde du travail

Un souffle nouveau dans le monde du travail

Romain Chollet

En cette matinée de mai, je prends le café sur ma terrasse, profitant de la douce brise et du soleil qui caresse mon visage. Cette journée est spéciale. Elle marque le premier anniversaire d’un événement qui a durablement changé nos vies.

Il y a un an jour pour jour, le 11 mai 2020, la France sortait officiellement d’un confinement général qui avait duré près de deux mois. Cette mesure, prise par le gouvernement, visait à endiguer une épidémie appelée Coronavirus. Un an et plus de 25 000 morts plus tard dans notre pays -plusieurs centaines de milliers dans le monde-, la vie se reconstruit peu à peu, mais les choses ont profondément évolué.

L’EFFONDREMENT D’UN SYSTÈME

En un an, plusieurs autres éléments ont marqué nos vies. La défiance vis-à-vis du système entre autres. Un système qui a montré ses limites pendant cette crise en étant incapable de pallier 40 années de politiques hasardeuses, lesquelles ont précipité bon nombre de services publics vers une mort assurée. La nation a dû y faire face, et aujourd’hui le gouvernement est plus que jamais en danger devant la colère incessante d’une grande majorité de la population.

Ce système a clairement montré ses limites dans son développement et dans son fonctionnement, en décalage total avec la réalité. On a très vite cessé de compter les faillites d’entreprises et les difficultés personnelles des indépendants. La France a été longtemps la championne du monde de l’imposition, sans pour autant que les processus de redistribution permettent des investissements dans les services publics, ou bien la sauvegarde de nos petites et moyennes entreprises ainsi que des nombreux indépendants que compte notre sol.

La « Start-Up Nation » comme disait le Président Macron, a sacrément souffert de la crise.

Par bonheur, la force de nos entrepreneurs réside dans la résilience, et aujourd’hui est un grand jour !

UN NOUVEAU DEPART POUR LES ENTREPRENEURS

En buvant mon café, je repense à cette immense opportunité de départ que nous a offert ce virus, et surtout ce confinement. Si je reste intimement convaincu que le but premier de nos gouvernants était de balayer d’un revers de main l’ensemble des politiques établies depuis des décennies et de repartir d’une page blanche, pour ma part, en tant qu’entrepreneur, j’y ai vu l’occasion pour tout le monde de créer notre futur, un futur à écrire tous ensemble. Comme si, d’un seul coup, tout devenait possible, comme si toutes les limites que l’on pouvait s’imposer, ou que le monde nous imposait, avaient disparu par magie.

Cette opportunité était phénoménale car, malgré les nombreuses difficultés que les entrepreneurs ont subi, nous pouvions tous repartir sur de bonnes bases, après une expérience qui nous avait beaucoup appris. D’ailleurs, nous l’avons bien vu, ceux qui s’en sont le mieux sortis sont ceux qui se sont adaptés rapidement, mais surtout qui se sont adaptés avec le coeur. Car s’adapter pour seulement survivre, sans avoir la conviction ultime que c’est ce qu’il fallait faire, c’est s’assurer un puissant retour de bâton une fois « la normale » revenue.

Pour exemple, prenons le télétravail. Il y a un an, pour la plupart de mes clients, faire du télétravail était impensable. Trop complexe, besoin irrépressible de contrôler ce que font les collaborateurs et j’en passe, le télétravail était presque un mot tabou pour la plupart des grands groupes. Aujourd’hui, ça l’est encore, mais ces grands groupes font désormais face à l’émergence de petits groupes qui sont rapidement montés en puissance, car eux avaient cette ultime conviction dans les tripes.

DES GRANDES ENTREPRISES EN DIFFICULTÉ

Les grands groupes souffrent. Ils souffrent même davantage. Comme je l’ai toujours répété avant cette crise : « Qui permet à une entreprise de se développer ? Ses collaborateurs. Et que se passe-t-il si tu prends soin de tes collaborateurs ? Ils te le rendent bien. »

Aujourd’hui plus que jamais, les gens ont décidé de se donner le choix de leur mode de vie. Il est désormais impensable d’entendre que le télétravail est impossible -sauf dans certains secteurs évidemment-, qu’il est indispensable de travailler de 9h à 18h, que si les enfants sont malades on doit poser un congé maladie, que l’on doit effectuer près d’une heure de transports pour se rendre au boulot, que l’on doit impérativement travailler derrière un bureau, etc.

Et ces grandes entreprises souffrent car les candidats ne s’attardent plus forcément sur leur  notoriété ou leur taille. Ce qui compte, c’est ce que l’entreprise sera en mesure de leur apporter, et le cadre qu’elle leur offrira. Sans compter le salaire, car qui dit nouvelles méthodes de fonctionnement dit aussi économies dans de nombreux domaines.

Combien de candidats refusent des postes dans les entreprises qui n’offrent pas suffisamment de flexibilité à leurs collaborateurs ? Combien de candidats refusent de collaborer avec une entreprise si celle-ci leur impose un fonctionnement ante-coronavirus ? Combien de candidats refusent une opportunité, volontairement, lorsque ces conditions ne les satisfont pas, et qu’en plus le salaire n’est pas intéressant ?

Car aujourd’hui les salaires augmentent. Et pour cause, combien de personnes malgré le Coronavirus, ont décidé de devenir indépendantes ?

Je faisais partie de cette population avant la crise, et je suis encore plus ancré dans ce fonctionnement depuis. Certes nous avons perdu de l’argent, ou du moins nous n’en avons pas gagné. Mais la perte est relative face à l’évolution salariale que nous connaissons en étant indépendants, par rapport aux salariés.

Et ça, les gens l’ont bien compris. Quelle utilité y a-t’il à cotiser à hauteur de 50% de notre salaire pour qu’au final notre système de soins se dégrade, que les aides auxquelles nous pourrions prétendre s’amenuisent, que nos services publics fonctionnent de moins en moins bien ?

Une aide lorsque l’on perd son emploi ? Le chômage n’est plus aussi avantageux qu’avant. Le seul inconvénient, c’est que lorsque nous sommes absents, nous ne sommes pas payés. Encore une fois, une perte relative par rapport au gain.

En fait, nous sommes en train de nous américaniser. Non pas au sens de la précarité car, aux États-Unis il est aussi facile de finir pauvre que de bien vivre, ni au sens de l’hyper consommation, mais plutôt au sens où nous devenons une société plus proche des  valeurs américaines, une société plus flexible.

LA FLEXIBILITÉ, LA CLÉ DU BONHEUR DES NOUVELLES ENTREPRISES ?

Flexible, car nous cherchons désormais à être plus libres de nos mouvements, de nos actions et de nos choix. Nous voulons que cette liberté nous apporte de nouvelles façons de vivre, de consommer, de travailler, tout en étant prêts à sacrifier certains privilèges. La liberté, nous la connaissons enfin ! Et je le vois dans le domaine du recrutement. Nous ne parlons plus de rejoindre des équipes pour plusieurs années afin de développer l’entreprise et ainsi faire partie, un jour, des murs de celle-ci. Non, nous travaillons désormais pour des projets. Et si le projet suivant nous intéresse, nous restons. Sinon, nous partons. Et, aujourd’hui plus que jamais, il est tellement plus facile de trouver un nouvel emploi.

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C’est donc une bonne chose qui nous est arrivée ! Il était temps ! Dommage qu’il ait fallu des morts pour en arriver là…

Mais ce qui me réjouit le plus, c’est qu’aujourd’hui, « l’élite » change. Le patriarcat tel que nous le connaissions est toujours en train de s’effondrer. Petit à petit, on regarde davantage les entrepreneurs qui ont réussi à surmonter cette crise, et surtout à se développer en innovant, que les grands groupes, ces mastodontes dont plus personne ne veut.

Il y a un an, lorsque je recrutais, je cherchais à travailler avec les grands groupes, car je savais que leur image allait m’aider pour recruter les bons profils. Et puis, lorsque l’on travaille avec eux, notre image personnelle en tant que recruteur est aussi mise en avant. Combien de fois j’ai pu entendre « Tu recrutes pour tel groupe, chapeau !». Évidemment, ce discours est surtout vrai lorsque l’on est indépendant, car nous fonctionnons beaucoup au résultat.

Mais désormais, lorsqu’un grand groupe me démarche pour collaborer avec lui, il doit tout de suite montrer patte blanche pour que l’on puisse travailler ensemble. Pourquoi ? Parce que ma réputation est importante, et surtout parce que je ne souhaite pas perdre de temps à essayer de recruter des personnes pour un groupe qui n’a pas pris au sérieux un traître mot de l’évolution post-crise dans le monde du travail. Je préfère travailler avec des entreprises innovantes, dans tous les domaines, aussi bien technologiques, qu’opérationnels ou humains. Je préfère travailler avec des entreprises en phase avec mes valeurs.

Et pour les candidats, c’est exactement la même chose.

D’ailleurs, faire du business après la crise n’a pas été chose aisée. La reprise a été plus lente que prévue, il a fallu se battre pour se faire une place. Quand j’y repense, c’était un peu comme rouler en voiture à toute vitesse au fond d’un canyon tandis que celui-ci s’effondrait sur moi. Il a fallu éviter la chute des rochers, réussir à sortir de là et enfin pouvoir souffler.

Mais le jeu en valait la chandelle, et lorsque je constate tous les changements opérés en France depuis cette crise, j’en suis ravi.

LE CHANGEMENT, C’EST VRAIMENT MAINTENANT !

Ce premier anniversaire peut donc être fêté dignement. Le monde du recrutement change, les entreprises adaptent leurs modes de fonctionnement : prise en compte des besoins des collaborateurs, rapports de forces inversés, augmentation du niveau de vie général et surtout meilleure répartition des richesses. Augmentation du nombre d’indépendants, changement de paradigme : les Start-Up sont les grands groupes de demain, et les grands groupes sont voués à s’écrouler s’ils ne s’adaptent pas avec le coeur.

J’avale ma dernière gorgée de café, tout en écoutant le chant des oiseaux dans les arbres, en regardant le soleil s’élever un peu plus dans le ciel. Une nouvelle journée commence dans notre nouveau monde. Encore une belle journée au paradis. Faisons de celle-ci une merveilleuse victoire sur l’ancien monde, et écrivons tous ensemble ce nouveau chapitre.

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